Les cajuns
un peu d'histoire…
Appelés "cajuns", "français", "créoles", ils composent la communauté francophone qui vit au bord des bayous et sur les prairies de sud-ouest de la Louisiane.
Ils sont les descendants d'immigrés qui, par vagues successives, ont peuplé les terres insalubres et marécageuses entre la rive droite du Mississippi, la frontière Texane et le golfe du Mexique.
Les premiers habitants qui firent souche en Louisiane, à proximité des eaux stagnantes et boueuses des célèbres bayous, étaient nos lointains cousins.
Originaires de l'ouest de la France (Poitou, Vendée, Bretagne) mais aussi de Touraine, d'Anjou, de Normandie, de Picardie, certains aboutirent en Louisiane, après avoir été chassés du Canada en 1755.
Estimé à 6000 - 7000, ce noyau fut rejoint par d'autres français (certains venus de France), par des noirs (descendants d'esclaves, mais aussi échappés de Saint Domingue ou de Haïti). A ces exilés, s'ajoutèrent d'autres migrants : Irlandais, Espagnols, Portugais, Allemands...
Fait remarquable : toutes ces populations adoptèrent les modes de vie de la communauté française, ainsi que la langue : le vieux français du XVIIe siècle, transmis oralement.
S'il est vrai que "cajun" est une déformation de "cadien", la population francophone de Louisiane n'est pas en majorité descendante des acadiens du Canada. Dans les trente dernières années, on a fini par appeler cadiens, tous les habitants de la Louisiane parlant français. Mais, bon nombre de francophones font la distinction et tiennent à affirmer leur descendance en se définissant comme créoles ou français.
Des musiciens insistent sur le fait que leur musique n'est pas celle des acadiens du Canada (la confusion a souvent été faite).
La musique : Origines, Influences, Evolution
Les premiers habitants du XVII° siècle, installés en Louisiane, chantaient les vieilles chansons de France.
Au XIX° siècle, le violon était l'instrument roi. Avec quelques influences irlandaises et texanes, le répertoire se composait de valses, de contredanses, de polkas, de mazurkas, de quadrilles, mais aussi de chansons d'origine créole antillaise, sans oublier la musique des blancs et des noirs Louisianais. Toutes ces communautés se côtoyant, les échanges furent constants.
Dans la seconde moitié du XIX° siècle, l'arrivée du mélodéon (petit accordéon diatonique d'origine allemande) constitua une étape importante dans l'élaboration de la musique des francophones de Louisiane. Le rythme était marqué par le triangle ('tit fer), les cuillères ou le frottoir (planche à laver).
L'orchestre de musique traditionnelle - un ou deux violons, un mélodéon, des instruments rythmiques - fut complété par la guitare, apportée par les Espagnols (la Louisiane a été sous domination espagnole de 1769 à 1800 avant d'être vendue aux américains par Bonaparte en 1803).
Depuis, cette musique des cajuns a bénéficié de nombreuses influences : celle des créoles noirs, de la country-western music, du blues, du jazz de la Nouvelle Orléans…
Les musiciens Cajuns ont évolué avec les modes et ont intégré ou abandonné des instruments en fonction des différents courants musicaux : électrification des guitares, utilisation de la batterie, abandon dans les années trente du mélodéon, renaissance de celui-ci vers 1950, emploi de l'harmonica, du banjo, de la mandoline, de la steel-guitar et plus récemment du saxophone, des claviers.
Avant que ne se développe - dans les années 50 / 60 - la musique dite zydéco. pratiquée par les Noirs (avec les caractéristiques du rythm'n'blues), existait déja celle des créoles noirs, appelée Musique Zarico (du français "z'haricots", allusion à la célèbre chanson : "Les z'haricots sont pas salés").
C'est le chanteur accordéoniste clifton Chénier (décédé en décembre 1987) qui est considéré comme le principal créateur du style zydéco. A noter qu'il utilisait un accordéon chromatique - touches - piano et non le petit mélodéon diatonique.
Actuellement, toutes les tendances musicales ont droit de cité. Les salles de bal peuvent accueillir aussi bien des groupes traditionnels que des formations au son rock (ou blues, ou zarico, ou zideco...). On peut entendre des orchestres - violon(s) - mélodéon, soutenus par la guitare électrique, la basse, la batterie. Parfois, le mélodéon, seul instrument mélodique de l'orchestre, est vigoureusement soutenu par une rythmique basse - batterie - percussions très présente.
Sachant rester dans la tradition, les Cajuns ont aussi été capables de faire évoluer leur musique et de l'adapter aux goûts actuels. Ces deux notions : de tradition et de modernisme sont constamment présentes. Cette musique est vivante et créative, quel que soit le style.
chants et danses
La musique des cajuns est une musique de la vie, qui chante le quotidien, avec ses joies, ses peines. Au répertoire chanté, issu des vieilles ballades françaises, s'ajoutent les chansons de danse interprétées en français.
Actuellement les danses essentielles sont les valses lentes et les two steps qui ont remplacé les polkas, mazurkas, contredanses et autres quadrilles d'antan. Pour les valses, les thèmes souvent évoqués sont ceux de l'exclusion, des amours malheureuses, des séparations alors que sur le rythme vif des two-steps sont relatés en général, des faits journaliers, sur un ton humoristique, enjoué. Les fêtes, les bals, les abus de boissons et les déboires liés à ces écarts tiennent une assez grande place dans ce répertoire chanté lié à la danse.
Parfois mélancolique, cette musique, dont la fonction principale est la danse, veut aussi exprimer la joie que les Cajuns ont de se retrouver entre amis pour "laisser les bons temps rouler".
Qu'ils se disent cadiens, créoles ou français, ils sont farouchement attachés à leurs racines francophones : la musique, la chanson, la danse demeurent les principaux véhicules de leur culture.
( BAYOU TECHE: http://www.multimania.com/bayouteche/ )